Soins en EHPAD : Tout comprendre sur l’accompagnement médical et paramédical des résidents

13/01/2026

Premiers pas : Pourquoi la question des soins est centrale en EHPAD ?

Lorsque l’on commence à s’informer pour un parent dépendant, une question revient tôt ou tard dans nos conversations familiales : « En EHPAD, qui va s’occuper de ses soins ? »

Concrètement, l’entrée en EHPAD n’est pas seulement un changement de lieu de vie. C’est aussi la garantie d’un suivi médical et paramédical continu, pensés pour répondre à la perte d’autonomie, au quotidien et sur la durée.

En 2022, près de 600 000 personnes vivaient en EHPAD en France (source : data.gouv.fr). Ces établissements sont donc conçus pour accueillir, soigner et accompagner des personnes âgées souvent atteintes de maladies chroniques, de troubles cognitifs ou de handicaps multiples.

Quels professionnels assurent les soins en EHPAD ?

La force d’un EHPAD réside dans la complémentarité de ses équipes soignantes. Chaque structure doit respecter un certain nombre d’obligations en matière de présence médicale, que l’on peut synthétiser dans le tableau ci-dessous :

Profession Présence/Fréquence Rôle principal
Médecin coordonnateur En poste permanent (pas résident 24h/24) Coordination médicale, suivi des projets de soins, lien avec le médecin traitant
Infirmier(ère) Présence quotidienne, souvent 7j/7 Soins techniques (injections, pansements), surveillance, coordination des soins
Aide-soignant(e) Présence continue, en relais 24h/24 Accompagnement quotidien (aide à la toilette, mobilité, repas), transmission d’informations
Kinésithérapeute Sur prescription, passages réguliers Rééducation, maintien de la mobilité, prévention des chutes
Ergothérapeute, psychomotricien(ne) Passages en fonction des besoins, prescriptions Adaptation de l’environnement, stimulation cognitive et motrice
Psychologue Fréquence variable selon l’établissement Écoute, soutien psychologique, accompagnement des familles

À noter : les médecins traitants interviennent sur demande, en lien avec le médecin coordonnateur. Les familles conservent le choix du praticien généraliste, sauf rares cas de contraintes organisationnelles.

Le médecin coordonnateur : chef d’orchestre mais pas médecin traitant

Dans l’imaginaire collectif, on pense souvent qu’un médecin « réside » en permanence en EHPAD. En réalité, le médecin coordonnateur n’effectue pas des consultations au sens traditionnel du terme. Il supervise et organise la prise en charge globale, assure la formation des équipes, valide l’adéquation des traitements aux spécificités de la personne âgée (cf. décret du 26 avril 1999, Legifrance). Son rôle est précieux, mais il ne remplace pas le suivi par le médecin choisi par le résident.

  • Il élabore le projet de soins de chaque résident.
  • Il coordonne l’intervention des différents professionnels de santé.
  • Il gère la prévention des risques (chutes, escarres, dénutrition...).
  • Il est le référent en cas d’épidémie ou d’urgence collective (cas COVID-19, par exemple).

En 2023, la Fédération Hospitalière de France indiquait qu’entre 40 % et 65 % des EHPAD faisaient face à des difficultés de recrutement pour ce poste, ce qui peut influencer la qualité du suivi (FHF.fr).

Quels soins médicaux sont réalisés en EHPAD ?

Suivi quotidien et gestion des maladies chroniques

  • Surveillance des constantes vitales (tension, température, pouls).
  • Pansements, soins de cicatrisation, suivi des escarres.
  • Prise des médicaments, adaptation des traitements.
  • Surveillance du diabète (glycémies capillaires, injections d’insuline).
  • Soins liés à l’insuffisance cardiaque ou respiratoire (aérosols, oxygénothérapie).
  • Gestion de la douleur (protocoles antalgiques, évaluation régulière).

Ces soins sont assurés quotidiennement par les infirmières. Les actes plus techniques, comme les prises de sang ou les examens spécialisés, sont réalisés sur place ou dans un laboratoire partenaire, selon le protocole de l’établissement.

Consultations spécialisées et organisation des urgences

  • Interventions de spécialistes sur place (gériatre, psychiatre, orthophoniste…), souvent sur demande du médecin traitant.
  • Mise en place de consultations externes pour certains examens (radiologie, cardiologie…).
  • Protocoles d’alerte en cas d’aggravation brutale de l’état de santé : l’infirmier(e) contacte le médecin traitant, puis les urgences si besoin (SAMU 15).

En 2021, le délai moyen d’intervention en situation d’urgence en EHPAD était estimé entre 30 et 45 minutes, mais peut varier selon la localisation (source : Ministère de la Santé).

Quels soins paramédicaux sont disponibles en EHPAD ?

Des soins individualisés, au cas par cas

  • Kinésithérapie : maintien de la marche, prévention de la perte d’autonomie, exercices de récupération post-chute. Interventions souvent hebdomadaires, parfois plusieurs fois par semaine pour des soins lourds.
  • Ergothérapie : adaptations du mobilier, conseils pour prévenir les chutes, aide à la préhension des objets. Une évaluation est systématique à l’arrivée, puis ajustée en fonction de l’évolution.
  • Psychomotricité : stimulation motrice et cognitive, travail sur la coordination, notamment chez les personnes atteintes de maladies neurodégénératives.
  • Orthophonie : prise en charge des troubles de la déglutition, de la parole (suite d’AVC, par exemple), rééducation cognitive.
  • Podologie, pédicurie : soins de prévention des pieds à risque, suivis pour les personnes diabétiques ou présentant des troubles de la marche.

En 2020, 75 % des résidents bénéficiaient au moins une fois par an d’un suivi paramédical spécialisé, selon le rapport annuel de l’ANAP (Agence Nationale d’Appui à la Performance).

Prise en charge de la douleur et de la fin de vie

  • Évaluation régulière de la douleur : questionnaires adaptés, suivi par les infirmiers en lien avec le médecin traitant.
  • Soins palliatifs : mise en place de protocoles spécifiques avec accompagnement de la famille. La majorité des EHPAD sont en lien avec des réseaux de soins palliatifs (via HAD – Hospitalisation À Domicile), parfois avec l’intervention d’équipes mobiles spécialisées.
  • Accompagnement psychologique et spirituel : soutien proposé aux résidents et à leurs proches, particulièrement en période de fin de vie.

À qui s’adresser pour toute question sur les soins ?

  • L’infirmier référent : votre premier contact pour signaler un changement de comportement, un symptôme nouveau ou une inquiétude.
  • Le médecin généraliste : conserve la responsabilité du suivi médical individualisé et du renouvellement des prescriptions.
  • La direction de l’EHPAD : assure la coordination globale et la réponse aux situations non médicales urgentes (questions pratiques, organisation du quotidien, litiges éventuels).
  • Le Conseil de la Vie Sociale (CVS) : instance obligatoire de représentation des résidents et de leurs familles, pouvant faire remonter des difficultés collectives en matière de soins (décret n° 2004-287, Legifrance).

Le financement des soins en EHPAD : ce qu’il faut savoir

  • Le “forfait soins” : financé par l’Assurance maladie, il couvre l’ensemble des actes infirmiers, la supervision médicale par le médecin coordonnateur, les interventions paramédicales prescrites.
  • Le reste à charge concerne certains actes spécialisés (orthophonie, séances de kiné au-delà d’un certain seuil, consultations médicales externes), souvent pris en charge par la complémentaire santé.
  • Les soins non programmés ou urgences sont facturés selon le droit commun, avec tiers payant possible et présence d’un service de télétransmission dans la majorité des établissements depuis 2023.

Les modalités précises varient selon que l’EHPAD est public, privé associatif ou privé commercial. Dans tous les cas, le détail doit figurer dans le livret d’accueil, obligatoire (cf. Modèle officiel livret d’accueil).

Zoom sur la prévention : un pilier du “prendre soin” en EHPAD

L’un des aspects majeurs souvent sous-estimés est la prévention. Elle ne concerne pas seulement la sécurité physique, mais aussi la prévention du déclin cognitif et de l’isolement :

  • Évaluations gérontologiques régulières (test de la marche, dépistage de la dénutrition…)
  • Actions “anti-chute” (ateliers de mobilité, adaptation de l’environnement…)
  • Ateliers mémoire, activités cognitives animées par des psychologues et psychomotriciens
  • Prévention des infections (vaccination antigrippale organisée, campagnes d’hygiène, visites des équipes mobiles d’hygiène des ARS)

En 2022, la couverture vaccinale antigrippale des résidents d’EHPAD dépassait 93 % en moyenne, contre 56 % à domicile, selon Santé publique France.

Pour aller plus loin : ressources utiles et liens à conserver

Parce que chaque situation est unique et chaque parcours différent, il reste toujours possible de rencontrer le cadre de santé ou les soignants de l’EHPAD pour poser toutes vos questions lors des visites préalables. De nombreux établissements organisent d’ailleurs des « journées portes ouvertes » ou des ateliers d’information pour les familles.

L’essentiel à retenir ? Le passage en EHPAD ne signifie jamais la rupture avec la médecine de ville, ni la perte de liberté de choix. C’est une organisation collaborative, pensée pour accompagner au mieux vos proches et préserver leur qualité de vie. Il ne faut donc jamais hésiter à demander, à faire préciser un point ou à s’appuyer sur les acteurs institutionnels et associatifs référencés.

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